
Les différentes hypothèses
Face à l’ampleur et à la complexité de cette catastrophe, de multiples explications ont été avancées. Certaines n’ont pas fait l’objet d’investigations approfondies ; d’autres ont été explorées plus complètement mais elles n’ont pas permis à ce jour d’expliquer la catastrophe.
L’attentat terroriste ou l’acte de malveillance
Immédiatement après la catastrophe, l’hypothèse de l’attentat a été envisagée avant d'être rejetée trois jours plus tard par le Procureur de la République.
La police judiciaire s’est intéressée à différents faits qui permettaient d’imaginer l’hypothèse terroriste. Cette piste a néanmoins été rapidement délaissée, ce qui a laissé de nombreuses questions sans réponse. Parallèlement, il existe une autre hypothèse de droit commun : l’acte de malveillance, également possible d’un point de vue technique.
L'implication d'hélicoptères
De multiples témoignages décrivent le passage de plusieurs aéronefs quelques minutes avant l’explosion. Deux enregistrements démontrent le passage de deux hélicoptères. Le premier apparaît sur France 3 quinze secondes après l’explosion : le second, très peu de temps, mais sans qu’il soit possible, compte tenu des coupures de la branche, de définir le nombre de secondes avec certitude. Dès lors, des questions n’ont pas été résolues : pourquoi les pilotes ne se sont-ils pas manifestés au cours de l’enquête ? Quel était leur plan de vol ainsi que leurs activités au moment du sinistre ? Pourquoi la police n’a-t-elle pas pu les identifier ? Le témoignage de ces pilotes, dont l'un au moins était en vol de façon certaine, aurait en effet permis de réunir les éléments essentiels sur ce qui s'est produit le 21 septembre au moment du drame.
L'arc électrique
Selon cette hypothèse, un court-circuit très important se serait produit dans le transformateur haute tension de la Société Nationale des Poudres et Explosifs (SNPE), à proximité immédiate du site AZF. Il aurait provoqué l’injection à la terre d’un courant d'une intensité de 5 500 ampères. Ce phénomène aurait alors eu pour conséquence une remontée du potentiel électrique dans l’usine voisine d’AZF. Cet arc aurait généré l’explosion du tas de nitrate du hangar 221.
Les expériences qui ont été réalisées en 2003 pour reconstituer ce scénario ont néanmoins permis d’écarter cette hypothèse. Différentes questions relatives au réseau électrique et aux installations de la SNPE continuent cependant de se poser.
La double explosion
De nombreux témoins, sur le site ou à proximité (distance variant de 60 mètres du cratère à plus de six kilomètres du site), affirment avoir entendu le jour du drame deux signaux sonores correspondant à des explosions.
Les investigations ont permis de retrouver sept enregistrements acoustiques des événements du 21 septembre, réalisés en sept endroits différents. Les bandes permettent de bien entendre les deux phénomènes sonores évocateurs des deux explosions signalées par les témoins. D’après le rapport de l’expert judiciaire Hodin, rendu début mars 2005, certaines des manifestations de fumées antérieures au sinistre pourraient correspondre à une première explosion en atmosphère confinée avec jet de gaz.
L'accident chimique
Il a été suspecté qu'au bâtiment 335, un ouvrier aurait pu, par erreur, pelleter 500 kilos de DCCNa (dérivé chloré) dans une benne contenant du nitrate d'ammonium. Il aurait confondu le DCCNa avec du nitrate d'ammonium. Cette quantité a été ramenée, au terme de quatre ans de travaux conduits par les experts, à quelques kilos (seulement). Le contenu de cette benne aurait été déversé deux jours plus tard sur un tas de nitrate humide dans un sas à l'entrée du hangar 221. Une détonation initiée dans ce tasse serait alors propagée jusqu'au tas de nitrate du hangar principal, et l'aurait fait détoner quinze minutes après le déversement.
Cette hypothèse repose sur la découverte, onze jours après le sinistre, d'un sac de DCCNa vide et éventré dans le bâtiment 335, situé à plus de 600 mètres du hangar 221. Aucun sac ayant contenu du DCCNa n'aurait du, en principe, se trouver dans ce bâtiment 335 où étaient principalement stockés des sacs vides et éventrés d'ammonitrate et de nitrate industriel.
L'hypothèse première des experts soit 500 kilos de DCCNa pelletés dans une benne a été invalidée par la reconstitution des 9 et 11 octobre 2002. Celle-ci a démontré qu'il était impossible de confondre du nitrate d'ammonium avec du DCCNa: en effet, après quatre pelletées de DCCNa l'odeur est tellement insoutenable que personne n'a pu rester sur place.
Un expert a même tenté l'expérience en apnée et au bout de 5 petites pelletées, a lui aussi abandonné. Pour mémoire, l'ensemble du hangar avait été nettoyé par des personnels de Grande Paroisse en combinaisons et masques.
En 2005, les experts ont imaginé une autre hypothèse : quelques kilos de DCCNa « pris en sandwich entre le nitrate d'ammonium mouillé et le nitrate industriel sec ». Cette thèse constitue désormais celle de la piste officielle. Elle n'est cependant aucunement démontrée scientifiquement. En effet, les conditions dans lesquelles un des experts au pénal a réussi, au bout de cinq ans, à obtenir une explosion lors d'expérimentations réalisés avec des produits différents, dans des conditions de laboratoire, n'ont rien à voir avec la réalité mécanique, physique et chimique de celles existantes au 21 septembre 2001.
L'explosion de l'usine AZF, le 21 septembre 2001, demeure encore, à l'heure actuelle, une énigme. En dépit d'une instruction qui a duré plus de 5 ans et fait travailler une quarantaine d'experts judiciaires, et un procès qui a duré plus de quatre mois, il n'y a aujourd'hui pas même un début d'explication.
L’accidentologie liée au nitrate d’ammonium
Les accidents liés au nitrate d’ammonium ont été soit amorcés par des explosions, soit à la suite d’incendies dans des milieux confinés.
1) Des accidents, conséquences d’incendies, dans des milieux confinés
- Avril 1947, Texas City (États-Unis) : explosion d’un cargo français qui contenait environ 2 200 tonnes de «nitrate d’ammonium qualité engrais».
C’est probablement une cigarette qui déclencha un feu. Les écoutilles furent alors fermées et de la vapeur injectée dans la cale. Au lieu d’étouffer le feu, celle-ci a apporté encore plus de chaleur et a provoqué une explosion au bout d’une heure environ. Cette explosion engendra un départ d’incendie sur un cargo qui se trouvait à 250 m, chargé également de nitrate d’ammonium. Ce dernier explosa à son tour dans la nuit. Cette catastrophe a provoqué la mort de 561 personnes et 3 000 blessés.
- Juillet 1947, Brest (France) : explosion d’un navire norvégien contenant 3 300 tonnes de nitrate d’ammonium analogue à celui de Texas City.
Elle a été provoquée par un feu qui s’est déclaré dans l’entrepont où se trouvait de la paraffine. Celle-ci a fondu puis coulé sur la cargaison d’engrais, et a entraîné la mort de 22 personnes et 500 blessés. Les tentatives pour éventrer le cargo ont échoué.
- Mai 2004, Mihailesti (Roumanie) : accident routier impliquant un camion transportant 20 tonnes de nitrate d'ammonium, en sacs de 50 kg.
Le camion s’est renversé et a pris feu. Au bout d'une heure, une violente explosion a provoqué la mort de 18 personnes et en a blessé grièvement une dizaine.
2) Des accidents liés à des explosions
- Septembre 1921, Rhénanie (Allemagne) : explosion, à la suite d'un tir de mine, d'un hangar contenant 4 500 tonnes de mischsalz (un mélange de sulfate d'ammonium et de nitrate d'ammonium).
Cet accident provoqua la mort de plus de 500 personnes et la destruction de 700 logements. L'usine avait l'habitude de désagréger les tas de ces produits en utilisant de l'explosif.
- Avril 1942, Tessenderloo (Belgique) : explosion d’une cartouche dans un tas de 150 tonnes de nitrate d’ammonium.
Elle entraîna de la mort de 189 personnes et en blessa 600.
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