Les différentes hypothèses

Les témoins ont perçu de multiples phénomènes (« double bruit d’explosion », effets acoustiques, sismiques, physiques, électromagnétiques, visuels) qui demeurent encore inexpliqués.

Face à l’ampleur et à la complexité de la catastrophe, de multiples explications ont été avancées.

La thèse de l’expertise judiciaire, reposant sur des éléments factuels non prouvés, n’a pas fait la preuve de sa validité au plan scientifique.

Si certaines explications ont été définitivement écartées, d’autres pistes, plus plausibles, n’ont pu être véritablement explorées, par manque de connaissance du terrain et faute d’investigations suffisamment approfondies à l’époque.

La thèse de l’expertise judiciaire : un mélange accidentel de produits incompatibles

Selon cette hypothèse, le mercredi 19 septembre 2001, un ouvrier aurait pelleté du DCCNa (dérivé chloré) qui se serait trouvé sur le sol du bâtiment 335 et l’aurait, par erreur déposé dans une benne contenant du nitrate d’ammonium (fertilisant).

Deux jours après, le vendredi 21 septembre, le contenu de cette benne aurait été déversé dans le sas du bâtiment 221, un bâtiment dédié au stockage du nitrate d’ammonium.

Selon cette thèse, le DCCNa contenu dans la benne aurait alors réagi avec l’humidité du sol et le nitrate d’ammonium, conduisant quinze minutes après à une détonation dans le sas, qui se serait propagée au nitrate d’ammonium contenu dans la partie principale du hangar.

 

Aucun des maillons de cette chaine d’explication ne résiste  à l’épreuve des faits et de la critique scientifique.

Sur le plan des faits, le bâtiment 335 ne contenait pas de DCCNa, comme l’ont d’ailleurs confirmé les analyses menées dans le cadre de l’enquête. C’est l’un des motifs qui a conduit le Tribunal a prononcé la relaxe en première instance.

Par ailleurs, en cas de pelletage, le DCCNa dégage une odeur caractéristique et asphyxiante, que l’ouvrier n’aurait pu ignorer. Les 9 et 11 octobre 2002, une reconstitution judiciaire l’a démontré : au bout de 4 pelletées de DCCNa, l’odeur était si insoutenable que personne n’a pu rester sur place. Sur le plan scientifique, cette thèse ne repose que sur un seul tir expérimental, réalisé après 5 ans d’essais et 23 expériences infructueuses.

Réalisé dans des conditions de laboratoire destinées à optimiser la réaction chimique, ce tir n’est pas représentatif de la réalité, tant au plan mécanique, que physique et chimique. A titre d’exemple, les produits employés ne sont pas ceux qui étaient présents dans le hangar, ni en qualité, ni en proportions. De même, les modalités de dépôt des produits dans l’expérience (en étapes successives et distinctes) ne reproduisent pas celles du transport et du déversement par un camion-benne (produits mélangés et tombant simultanément).Enfin, les analyses des enregistrements montrent que l’explosion réalisée dans des conditions de laboratoire n’a pas la puissance nécessaire pour pouvoir se propager et provoquer la détonation en masse du nitrate d’ammonium.

Le nitrate d’ammonium est un produit connu pour sa stabilité, qui n’explose accidentellement que dans des conditions très particulières, principalement à la suite d’incendies dans des milieux confinés, conditions qui n’étaient pas celles du 21 septembre 2001. Pour le faire volontairement détoner, les exploitants de carrière l’utilisent en mélange avec du fioul en initiant l’explosion avec un dispositif explosif (détonateur).

La persistance de l’enquête à vouloir étayer la piste d’un mélange accidentel de produits n’a pas permis d’explorer suffisamment d’autres hypothèses, pourtant plus plausibles. En conséquence, à ce jour, aucune explication définitive n’a pu être apportée concernant les causes de l’explosion, même si de récents événements sont venus éclairer le contexte sous un nouveau jour.

La piste d’une explosion souterraine préalable confortée par l’explosion de Saïca Pack

Le 13 décembre 2011, les locaux de la société Saïca Pack, situés à quelques centaines de mètres de l’endroit où était implanté le bâtiment 221 de l’usine AZF, ont été endommagés  par une explosion spontanée.

Les enquêteurs ont découvert des résidus de nitrocellulose provenant du sous-sol de ce terrain longtemps occupé - comme celui d’AZF - par l’ancienne Poudrerie Nationale de Toulouse et soumis aux bombardements de mai 1944.

Enfoui depuis plusieurs décennies dans le sous-sol, ce produit a explosé spontanément et soulevé la dalle de béton sur laquelle se trouvait un stockage de 20 tonnes de bobines de papier déclenchant un incendie.

Ces dernières ont fort heureusement amorti l’explosion, mais chacun peut imaginer ce qui aurait pu se passer si, au lieu du carton, un produit chimique explosible avait été stocké sur la dalle.

La nitrocellulose, appelée aussi coton poudre, était un explosif militaire employé pendant la première guerre mondiale. A l’endroit où se trouvait l’usine AZF, siège de l’explosion du 21 septembre 2001, avait été construit en 1915 une usine de fabrication et de stockage de nitrocellulose.

Les analyses réalisées dans le sous-sol peu après l’explosion d’AZF n’ont pas été orientées vers la recherche de nitrocellulose, le site ayant été réputé, comme le terrain acquis par Saïca Pack, intégralement dépollué avant sa cession.

Or, l’explosion de Saïca Pack est venue démontrer le contraire, rendant cette piste particulièrement plausible.

L’acte malveillant

Parallèlement, il existe une autre hypothèse de droit commun : l’acte de malveillance, également possible d’un point de vue technique.                                                          

Survenue 10 jours après l’attentat du World Trade Center, l’explosion de l’usine AZF a immédiatement suscité les craintes d’une action terroriste sur le sol français. Pourtant, l’hypothèse de l’attentat a très vite été rejetée par le Procureur de la République, qui déclarait, trois jours après l’explosion, que cette dernière était « à 90% accidentelle ».

La police judiciaire s’est intéressée à différents faits susceptibles de correspondre à une piste terroriste. Mais ses investigations ont été arrêtées dès la mi-octobre 2001.

Les arguments discréditant à l’époque l’hypothèse d’un acte volontaire ont perdu toute pertinence à la lumière de l’actualité et d’une connaissance plus fine des nouveaux modes opératoires des mouvements terroristes.