L'usine AZF de Toulouse

Historique

En 2001, l’usine AZF de Toulouse faisait partie de Grande Paroisse, premier producteur français de fertilisants, une société du groupe TotalFinaElf. Officiellement nommé « usine Grande Paroisse de Toulouse », le site était surtout connu localement sous l’appellation « usine AZF », du nom de la marque commerciale de Grande Paroisse figurant sur la grande cheminée.

Située sur un terrain de 78 hectares, à 5 kilomètres du centre-ville, l'usine était bâtie entre l'autoroute menant à Tarbes et la Garonne. Construite en 1926 dans l’enceinte de la poudrerie de Bracqueville, qui était consacrée à la production de poudres explosives, l'usine a conservé certains bâtiments de l’ancienne poudrerie.

Au moment de la catastrophe, le 21 septembre 2001, l'usine AZF de Toulouse employait 470 personnes. Environ 80 personnes, travaillant également de manière régulière sur le site, étaient employées par neuf entreprises extérieures.

 

En quelques dates

1915 : construction de l’usine de la Poudrerie de Braqueville, qui était elle-même une composante de la Poudrerie nationale de Toulouse, pour y fabriquer de la poudre B (coton-poudre à base de nitrocellulose).

1924 : création de l'ONIA (Office national industriel de l'azote), pour combler le retard français en matière de produits azotés, jusque là importés.
La ville de Toulouse est alors retenue pour accueillir l'unité de production.
L’usine de la Poudrerie de Braqueville dont les installations de fabrication de nitrocellulose ont été reconverties après 1924 pour fabriquer de l’ammoniac, a été rachetée en 1926 par l’ONIA.
Initialement à l'écart des zones d'habitation, l'usine sera progressivement englobée par l'agglomération toulousaine.

1927 : premières productions d'ammoniac de l’usine ONIA.

1931 : premières productions d’ammonitrates.

1944 : bombardements de l’usine en mai 1944. La production redémarre progressivement à partir de l’automne 1944.

1952 : premières productions d’urée.

1972-77 : nouvelles diversifications de la production de l’usine avec la fabrication d’acide cyanurique, de dérivés chlorés (dont DCCNa), de résines et de colles.

1977 : l’ONIA, devenue entre temps la Société Azote et Produits Chimiques (APC), passe sous le contrôle des Charbonnages de France (CdF).

1983 : création de CdF Chimie Azote et Fertilisants et de la marque AZF.

1987 : AZF fusionne avec la Société de la Grande Paroisse au sein de CdF Chimie, qui deviendra quelques mois plus tard Orkem.

1990 : la Société de la Grande Paroisse devient la composante engrais d’Elf Atochem, à la suite de la prise de contrôle d’Orkem par Elf Aquitaine.

1997 : importants travaux de maintenance de l’usine.

1998-2000 : extension des capacités de production (investissement de 27 millions d’euros qui classe l’usine parmi les plus performantes d’Europe dans son domaine.

2000 : la Société de la Grande Paroisse rejoint le pôle Fertilisants d’Atofina, qui regroupe toutes les activités chimiques du groupe TotalFinaElf depuis la fusion de Total, Petrofina et Elf-Aquitaine.

21 septembre 2001 : catastrophe de Toulouse.

Avril 2002 : TotalFinaElf décide de ne pas reconstruire l’usine et de faire don du terrain pour la réalisation d’un projet d’intérêt public.

Mai 2007 : restructuration des activités fertilisants et création de la société GPN.

Mars 2008 : fin des travaux de réhabilitation du site. Lancement de la construction de l’Oncopole.

Novembre 2009 : ouverture des premiers bâtiments de l’Oncopole.

Septembre 2012 : aménagement définitif de la zone du mémorial

Activités

Les pôles d'activité de Grande Paroisse

Les deux principaux domaines d’activité de la Société de la Grande Paroisse étaient les fertilisants et les produits industriels.

Les fertilisants étaient commercialisés sous le nom d’AZF. La gamme était composée de fertilisants azotés (ammonitrates, urée, solutions azotées, fertilisants foliaires) et de fertilisants composés (contenant de l'azote, du phosphore et de la potasse avec ou sans éléments secondaires).

Les produits destinés à l'industrie (nitrate d'ammonium, gaz carbonique, eau ammoniacale, urée technique, acide sulfurique, chlorocyanuriques…) étaient utilisés comme matières premières dans des secteurs d'activité très divers, tels que la chimie ou le textile.

Le plan de l’usine AZF Grande Paroisse de Toulouse

Les principales productions de l'usine AZF de Toulouse

Les ateliers de production du site de Grande Paroisse Toulouse permettaient une intégration complète de la filière azote (ammoniac/urée/acide nitrique/ammonitrates) et une forte intégration en aval avec les unités d’Atofina sur les dérivés de l’urée : mélamine, colles, chlorocyanuriques.

La filière azote valorisait le gaz naturel (méthane), énergie régionale produite et livrée par GSO (Gaz du Sud-Ouest), alors filiale à 50/50 de Gaz de France et TotalFinaElf.

Ce gaz naturel fournissait l’hydrogène nécessaire à la synthèse de l’ammoniac.

L’ammoniac était ensuite transformé en acide nitrique, puis en nitrates d’ammonium (ou ammonitrates). Une partie de cette production était vendue sous forme granulée comme engrais pour l’agriculture ; l’autre était destinée à l’usine voisine de la SNPE (Société Nationale des Poudres et Explosifs) pour sa chimie fine.

L’ammoniac était également utilisé pour la fabrication de l’urée. Principalement utilisée dans les applications agricoles, l’urée sert également pour la production de mélamine, de colles urée-formol et d’acide cyanurique, et pour des débouchés industriels divers.

En 2000, d’importants investissements, à hauteur de 180 millions de francs (soit plus de 27 millions d’euros), avaient été réalisés pour accroître les capacités de production de l’usine, qui était ainsi devenue l’une des plus performantes d’Europe. Les capacités en ammoniac et en urée avaient toutes deux été portées à 370 000 tonnes par an. La capacité en nitrate d’ammonium était de 185 000 tonnes annuelles.

Schéma de fabrication du nitrate d'ammonium

Sécurité du site

Un site classé Seveso II

L’usine Grande Paroisse de Toulouse, qui fabriquait et stockait des produits tels que le nitrate d’ammonium, l’ammoniac ou encore des dérivés chlorés, était un établissement soumis à la réglementation des ICPE (Installations classées pour la protection de l’environnement), et à ce titre classé « Seveso II seuil haut ».

Cette réglementation impose aux industriels la mise en oeuvre de mesures techniques et opérationnelles de nature à maîtriser et réduire les risques de leurs installations.

 

Le système de gestion de la sécurité (SGS)

L’usine AZF de Toulouse était dotée d’un système de gestion de la sécurité (SGS) répondant aux objectifs fixés par la « directive Seveso II ». Le SGS définit l’organisation, les fonctions des personnels, les procédures et les ressources qui permettent de déterminer et de mettre en oeuvre la
politique de prévention des accidents majeurs.

Il constitue un ensemble intégré de règles de conduites mises en oeuvre et contrôlées par l’exploitant afin de réduire les risques de survenance des accidents majeurs. Le SGS est l’outil qui permet à l’exploitant de gérer les modifications, les situations d’urgence et le retour d’expérience grâce à des contrôles, à des audits et à des revues de direction. Ce système était entré en application dès le 30 novembre 2000, soit plus de deux mois avant la date de mise en application prévue par l’arrêté ministériel du 10 mai 2000.

Il avait fait l’objet d’un audit réalisé par la société KREBS SPECHIM en février 2001 dont les conclusions indiquaient une « très bonne motivation et implication du personnel rencontré par rapport aux risques d’accidents majeurs ». Il a été présenté à la DRIRE en mai 2001.

 

Une usine certifiée

L’usine était certifiée ISO 9002 depuis plus de dix ans et était le premier site de la Chimie du Groupe à avoir reçu une certification ISO 14001, gage reconnu de performance environnementale. Les pré-audits de certification avaient notamment souligné la qualité du système de gestion des déchets de l’usine.

Elle a été l’une des premières en France, et la seule en Midi Pyrénées, à disposer d’un service d’inspection interne des appareils à pression reconnu par la DRIRE. Elle avait par ailleurs reçu, en 1998 et en 2000, le « Jupiter d’argent », un prix interne alloué pour 800 000 heures travaillées sans aucun accident du travail, même bénin. Enfin, le site a été cité comme référence en matière de maîtrise de l’urbanisation par le ministère de l’Environnement (Annexe 7 du guide «Maîtrise de l’urbanisation autour des sites industriels à haut risque», octobre 1990).

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